Traduire ou ne pas traduire : un choix personnel
Dans mon précédent article, j'avais
observé que les professionnel(le)s des langues jouent un rôle clé en tant que
vecteurs de diffusion et de promotion de certaines idéologies et mouvements. Et
même si aborder ce point de manière aussi crue n'avait pas plu à certain(e)s, il
n'en reste pas moins que cette réalité est incontestable et impossible à
ignorer : accepter de traduire un document qui traite d'un sujet précis,
c'est accepter de devenir un vecteur de propagation de ce même sujet.
René Descartes disait :
"je pense, donc je suis", en d'autres termes ce sont nos
pensées qui nous définissent ; et si nos pensées nous définissent, nos
valeurs et principes le font également. A cet effet, traduire un document sur
une thématique contraire à nos valeurs et principes serait aller contre notre
être profond. Certains traducteurs, comme Isabella Massardo, experte en
localisation, refusent catégoriquement de travailler sur des sujets qui vont à
l'encontre de leurs convictions personnelles. Lors d’un webinaire sur
le thème :"Ethical Translation : how can translators balance
cultural sensitivity with personal beliefs when translating LGBTQ related documents
?" elle a expliqué qu'elle refusait systématiquement tous les projets de
traduction liés à l’industrie du tabac, car elle est contre sa consommation. Ce choix, motivé par des valeurs fortes, est loin d'être un cas
isolé. Christian Elongue, traducteur, a également exprimé
durant ce même webinaire que ses convictions religieuses l'empêchaient
d'accepter certains types de projets.
En traduction aussi, le client est roi.
En traduction également, le
client est roi, surtout lorsqu'il s'agit de documents spécifiques. Les
traducteurs(trices) expérimenté(e)s ont probablement déjà travaillé avec des clients
qui imposent l’utilisation d’une plateforme, d’un logiciel ou d’une base de
données terminologique pour leur traduction. Il est important de savoir que le
client peut aussi décider de choisir qui peut ou ne peut pas traduire son
document.
Sur certains sujets, comme celui des
LGBTQ+, les donneurs d'ordre sont très attentifs à sélectionner des
traducteurs partageant leurs valeurs. Patient Xavier Nong, traducteur
et CEO de Speed Expertise, explique que "les donneurs d'ouvrage
des projets de traduction sur les thématiques LGBTQ sont très pointilleux quant
au choix des professionnels qui doivent traduire leurs documents"
Face à ces dilemmes, comment les traducteurs
peuvent-ils concilier leurs convictions personnelles avec les exigences du
marché ? Il n'existe pas de réponse universelle, mais une chose est certaine : le
traducteur a le droit de choisir les projets sur lesquels il souhaite
travailler. Ce choix est personnel et doit être guidé par ses valeurs
fondamentales.
Conclusion
En tant que professionnels, nous devons être
conscients de l'impact de notre travail et de la responsabilité qui en découle.
Il est essentiel de trouver un équilibre entre nos aspirations personnelles et
les contraintes du marché. Le(la) traducteur(trice) n'est pas tenu(e)
d'accepter chaque projet qui lui est proposé. Il y va de sa propre conscience
morale. Face à de tels projets, il est essentiel de se poser la question : l'argent ou les valeurs ? La
décision revient au traducteur.




