jeudi 26 septembre 2024

Traduire ou ne pas traduire...

"Entre être ou ne pas être, moi je suis" disait W. Shakespeare qui nous invitait à méditer sur l'essence même de l'existence. Pour nous, traducteurs, cette question se décline de manière plus terre-à-terre : devons-nous traduire tous les textes qui se présentent à nous, quels que soient leurs contenus ?


Notre métier nous place à la croisée des chemins entre les langues, les cultures et les idées. Mais il nous confronte aussi à des dilemmes éthiques : jusqu'où nos valeurs personnelles doivent-elles influencer nos choix professionnels ?

Traduire ou ne pas traduire : un choix personnel

Dans mon précédent article, j'avais observé que les professionnel(le)s des langues jouent un rôle clé en tant que vecteurs de diffusion et de promotion de certaines idéologies et mouvements. Et même si aborder ce point de manière aussi crue n'avait pas plu à certain(e)s, il n'en reste pas moins que cette réalité est incontestable et impossible à ignorer : accepter de traduire un document qui traite d'un sujet précis, c'est accepter de devenir un vecteur de propagation de ce même sujet. 

René Descartes disait : "je pense, donc je suis", en d'autres termes ce sont nos pensées qui nous définissent ; et si nos pensées nous définissent, nos valeurs et principes le font également. A cet effet, traduire un document sur une thématique contraire à nos valeurs et principes serait aller contre notre être profond. Certains traducteurs, comme Isabella Massardo, experte en localisation, refusent catégoriquement de travailler sur des sujets qui vont à l'encontre de leurs convictions personnelles. Lors d’un webinaire sur le thème :"Ethical Translation : how can translators balance cultural sensitivity with personal beliefs when translating LGBTQ related documents ?" elle a expliqué qu'elle refusait systématiquement tous les projets de traduction liés à l’industrie du tabac, car elle est contre sa consommation. Ce choix, motivé par des valeurs fortes, est loin d'être un cas isolé. Christian Elongue, traducteur, a également exprimé durant ce même webinaire que ses convictions religieuses l'empêchaient d'accepter certains types de projets.


En traduction aussi, le client est roi. 

En traduction également, le client est roi, surtout lorsqu'il s'agit de documents spécifiques. Les traducteurs(trices) expérimenté(e)s ont probablement déjà travaillé avec des clients qui imposent l’utilisation d’une plateforme, d’un logiciel ou d’une base de données terminologique pour leur traduction. Il est important de savoir que le client peut aussi décider de choisir qui peut ou ne peut pas traduire son document. 

Sur certains sujets, comme celui des LGBTQ+, les donneurs d'ordre sont très attentifs à sélectionner des traducteurs partageant leurs valeurs. Patient Xavier Nong, traducteur et CEO de Speed Expertise, explique que "les donneurs d'ouvrage des projets de traduction sur les thématiques LGBTQ sont très pointilleux quant au choix des professionnels qui doivent traduire leurs documents" 

Face à ces dilemmes, comment les traducteurs peuvent-ils concilier leurs convictions personnelles avec les exigences du marché ? Il n'existe pas de réponse universelle, mais une chose est certaine : le traducteur a le droit de choisir les projets sur lesquels il souhaite travailler. Ce choix est personnel et doit être guidé par ses valeurs fondamentales.


Conclusion

En tant que professionnels, nous devons être conscients de l'impact de notre travail et de la responsabilité qui en découle. Il est essentiel de trouver un équilibre entre nos aspirations personnelles et les contraintes du marché. Le(la) traducteur(trice) n'est pas tenu(e) d'accepter chaque projet qui lui est proposé. Il y va de sa propre conscience morale. Face à de tels projets, il est essentiel de se poser la question : l'argent ou les valeurs ? La décision revient au traducteur.


lundi 26 août 2024

Traduire, c'est soutenir : Comment la traduction innocente peut devenir un outil de propagande idéologique ?

 


"Traduire, c'est trahir" : cette phrase, souvent entendue sur les bancs d'école, illustre bien la complexité de la traduction. En effet, traduire peut nécessiter des ajustements sur la forme pour toucher efficacement le public cible, tout en cherchant à préserver le fond du message. D'autres facteurs peuvent aussi contribuer à la "trahison" lors du processus de traduction notamment l'environnement social, l'âge, le contexte politique, etc. Aujourd'hui on parle même souvent d'adaptation, surtout pour des contenus de type commercial. Bref… Ce qui m'intéresse aujourd'hui ce n'est pas l'infidélité de la traduction mais plutôt sa "complicité". Sa complicité dans la vulgarisation des idéologies. À votre avis, traduire serait-ce promouvoir ou faire l'apologie des idées qui se trouvent dans le texte qu'on traduit ? 

J'ai récemment pris part à un webinaire très intéressant, (disponible ici en Replay) et c'est lors de ce webinaire que l'un des panélistes a dit "To translate is to endorse". Cette déclaration m'a conduit à réfléchir plus profondément sur le rôle de la traduction dans la diffusion des idéologies. Et pour la toute première fois, je me suis réellement posé la question citée plus haut. Voici ce que j'ai découvert :


La traduction : un puissant vecteur de propagande idéologique

La traduction n'est pas une science exacte, mais un art qui implique des choix, des interprétations et des adaptations culturelles. Cette nature artistique fait de la traduction un outil potentiellement puissant pour promouvoir des idéologies, qu'elles soient politiques, religieuses ou sociales.

Traduire ne consiste pas simplement à remplacer des mots d'une langue à l'autre ; cela implique aussi la transmission de nuances, de connotations et de références culturelles spécifiques. Par exemple, le mot "liberté" peut porter des significations différentes selon le contexte historique, social et politique.

La traduction est donc un acte de réécriture qui permet de modeler la perception d'une idée en fonction du public cible. Les traducteurs peuvent ainsi accentuer certains aspects d'un message tout en en minimisant d'autres, ou encore introduire de nouvelles nuances qui n'existaient pas dans le texte original.


Des exemples concrets

 - La propagande politique: Les régimes totalitaires ont souvent utilisé la traduction pour diffuser leur idéologie et contrôler l'information. Par exemple, les traductions officielles des œuvres de Lénine étaient soigneusement sélectionnées et adaptées pour servir les intérêts du Parti communiste.

 - La publicité: Comme mentionné plus haut en parlant d'adaptation, les entreprises utilisent la traduction pour adapter leurs messages publicitaires aux différentes cultures et marchés. Elles peuvent ainsi renforcer leur image de marque et influencer les comportements d'achat.

 - Les mouvements religieux: Les traductions des textes sacrés ont joué un rôle fondamental dans la diffusion des religions à travers le monde. Cependant, ces traductions ont souvent été l'objet de débats et de controverses, car elles peuvent influencer l'interprétation des textes et générer des schismes. La Bible, qui est le livre sacré le plus traduit du monde, est toujours sujet de débats de nos jours.


Les enjeux de la traduction dans un monde globalisé

Dans un monde de plus en plus interconnecté, la traduction est devenue un enjeu stratégique. Les médias sociaux, les sites web et les contenus multimédias sont traduits dans de nombreuses langues, ce qui facilite la diffusion d'idées à l'échelle mondiale. Mais ce n'est pas un phénomène nouveau. Historiquement, la traduction a servi à propager diverses idéologies :

 - Mouvements féministes: En traduisant les œuvres de féministes pionnières comme Simone de Beauvoir ou Betty Friedan, les militantes ont permis de diffuser les idées féministes à l'échelle internationale, contribuant à l'avancement des droits des femmes.

- Mouvements anti-racistes: La traduction des écrits de figures telles que Martin Luther King Jr. ou de Nelson Mandela a contribué à la lutte contre le racisme et à la promotion des droits civiques à travers le monde.

 - Mouvements écologistes: En traduisant des rapports scientifiques et des manifestes écologistes, les militants ont sensibilisé l'opinion publique aux enjeux environnementaux, amplifiant le message des militants pour une meilleure prise de conscience écologique.


La traduction et les mouvements contemporains : le cas des LGBTQ+

L'un des mouvements les plus en vogue de notre époque est celui des LGBTQ+. C'est un exemple frappant de l'impact de la traduction dans la vulgarisation des idées. La traduction a joué un rôle crucial en permettant aux personnes LGBTQ+ de se connecter et de partager leurs expériences à l’échelle mondiale. Voici quelques contributions majeures :

 * Briser l'isolement: En traduisant des ouvrages, des articles et des discours, les militants ont permis aux personnes LGBTQ+ du monde entier de se sentir moins seules et de se reconnaître dans des expériences communes.

 * Normaliser les identités et les orientations sexuelles: La traduction a contribué à rendre visibles et à normaliser des termes comme "lesbienne", "gay", "bisexuel", "transgenre" et "queer" dans de nombreuses langues et cultures.

 * Déconstruire les préjugés: En traduisant des études scientifiques, des témoignages et des récits de vie, les militants ont permis de déconstruire les stéréotypes et les préjugés liés à l'homosexualité et à la transidentité.


Conclusion 

La traduction, considérée comme un acte de médiation culturelle, occupe une position complexe dans la diffusion des idées. Que ce soit pour des textes traitant du tabac, de l'alcool, de la drogue, des guerres, des armes, de la politique, de la sexualité, etc., nous devenons, volontairement ou non, en traduisant, des vecteurs de ces idées. Pour ne pas se retrouver dans cette situation, certains traducteurs(trices) choisissent de décliner des projets qui ne sont pas en accord avec leurs principes personnels. Je discuterai de ces dilemmes éthiques auxquels les traducteurs(trices) sont confronté(e)s dans un futur article.


En attendant, vous pouvez lire mon précédent article ici : https://tradupraticienne.blogspot.com/2024/08/la-traduction-aux-jeux-olympiques-de.html 

Alors, qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à laisser votre avis en commentaires.

lundi 19 août 2024

La traduction aux Jeux Olympiques de Paris 2024

 

Cela fait un peu plus d'une semaine que les rideaux sont tombés pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. En dehors de la majestueuse cérémonie d'ouverture, et des performances incroyables des athlètes, autre chose a attiré l'attention des professionnels des langues lors de cette compétition. Il s'agit bien évidemment du vocabulaire lié aux différentes disciplines pratiquées pendant les JO. 

Je n'ai pas suivi les JO de cette année, mais c'est Andy Gillies, éminent interprète de conférence, qui m'a donné l'idée de rédiger cet article. En effet, c'est à la suite d'une de ses publications sur LinkedIn, que je me suis lancée dans les recherches. Dans sa publication, il a relevé le mot 'set' qui renvoyait à des concepts différents en fonction des disciplines : 👇



A la suite de mes recherches, j'ai compilé un mini tableau indicatif comprenant quelques termes les plus utilisés et leur traduction en anglais. Vous trouverez également une colonne dédiée à la définition de certains termes. Une recherche ciblée dans le document vous permet de voir de manière transversale les termes qu'on retrouve dans plusieurs disciplines (comme sur la capture ci-dessus). Pour obtenir le document, cliquez sur le lien : Télécharger le document PDF

N'hésitez pas à mettre en commentaires les termes que vous aurez noté ou appris lors de cette grande compétition ! 





vendredi 2 août 2024

Pourquoi les interprètes oublient-ils les détails des réunions ? Décryptage des processus cognitifs et des défis de l'interprétation simultanée

Récemment, à la fin d'une longue réunion qui a duré plusieurs jours, j'avais l'impression de n'avoir rien retenu de cette réunion pourtant très importante et enrichissante pour les participants. J'ai partagé mon ressenti à mes collègues, tous plus expérimentés que moi, et ils m'ont tous donné la même réponse : Rassure-toi tu n'es pas la seule, et ça arrive très souvent. 

En fait, ils m'ont laissée comprendre que terminer une réunion en tant qu'interprète et ne pas se rappeler de l'objet de la réunion ni de certains détails était chose commune, et que c'était loin d'être un crime. Et même les plus expérimentés n'échappent pas à ce phénomène. Généralement, il arrive qu'on se souvienne de bribes d'informations quelques heures ou quelques jours plus tard lors d'une discussion ultérieure ou à la lecture d'un article sur un sujet proche de l'objet de cette réunion là. 

Ce sentiment et cette discussion entre collègues m'ont poussée à mener quelques recherches pour y voir plus clair. Et les résultats sont les suivants :


1. Les Exigences Cognitives de l'Interprétation Simultanée

Nous savons que l'interprétation simultanée est une tâche cognitive complexe qui exige une attention intense. Les interprètes doivent écouter le discours dans une langue, le comprendre, et le traduire instantanément dans une autre langue, tout en maintenant la fluidité et la précision de la communication. Ce processus demande une concentration maximale sur le moment présent. L'interprète est donc absorbé dans la traduction en temps réel, laissant peu de place à la mémorisation des détails spécifiques du contenu discuté. La capacité à traiter et à traduire rapidement l'information est primordiale, ce qui limite la rétention d'informations à long terme. 

L'interprétation sollicite plusieurs fonctions cérébrales simultanément. Lorsque les interprètes écoutent pour traduire, leur cerveau engage plusieurs processus neurologiques complexes :

- Traitement Auditif et Linguistique : L'oreille capte les sons, qui sont ensuite traités par le cortex auditif du cerveau. Le cortex préfrontal, responsable des fonctions exécutives, aide à comprendre et à analyser le discours.

- Traducteur Mental : L’interprète utilise le cortex temporo-pariétal pour convertir le discours entendu dans une langue en une autre langue. Cela nécessite une activation continue des zones cérébrales liées à la compréhension du langage et à la production de la parole.

- Mémoire de Travail : L'interprétation simultanée utilise la mémoire de travail pour maintenir l'information suffisamment longtemps pour la traduire. La mémoire de travail est limitée en capacité et en durée, ce qui rend difficile la rétention à long terme des détails spécifiques d’une réunion.


2.  Différences avec l'écoute pour mémoriser

En revanche, écouter pour mémoriser nécessite un processus cognitif différent :

- Encodage et Consolidation : Lorsqu’on écoute pour mémoriser, le cerveau encode l’information dans la mémoire à long terme via l'hippocampe, une structure clé pour la formation des souvenirs. Le cortex préfrontal joue un rôle dans l’organisation et la structuration des informations pour un stockage ultérieur.

- Attention Sélective : L'écoute active pour la mémorisation implique une attention sélective, où le cerveau filtre et concentre l'attention sur les détails pertinents. Cela nécessite moins de traitement instantané et plus de capacité à stocker et à organiser les informations sur une période prolongée.

- Révisions et Rappels : Pour retenir les détails, des processus de révision et de rappel sont nécessaires. L'interprétation simultanée ne permet pas ces processus, car l’attention est focalisée sur la traduction en temps réel.

Vous pouvez en savoir plus sur le fonctionnement du cerveau lors de la mémorisation ici : https://www.cognifit.com/fr/memoire#:~:text=La%20m%C3%A9moire%20est%20la%20capacit%C3%A9%20%C3%A0%20enregistrer%2C%20stocker%2C,leurs%20interactions%20produisent%20une%20structure%20appel%C3%A9e%20traces%20mn%C3%A9siques.


3. Le volume et la complexité de l'information

Les réunions, surtout celles de grande envergure ou internationales, couvrent souvent une vaste gamme de sujets en peu de temps. Les interprètes doivent gérer un flux constant d'informations, ce qui rend difficile la mémorisation de chaque détail. Cette surcharge d'information exige une gestion efficace et rapide des données. Les interprètes sont formés pour capter l'essentiel et transmettre le message de manière précise, sans se perdre dans les détails.




4. L'épuisement cognitif

L'interprétation simultanée entraîne une charge cognitive élevée. Cette charge comprend la gestion simultanée de plusieurs tâches mentales : la compréhension, la traduction, et la production du discours dans une autre langue. Après une session d'interprétation, les interprètes peuvent ressentir une forme d'épuisement cognitif. La concentration intense nécessaire pour traiter et traduire l'information en temps réel peut entraîner une fatigue mentale, rendant plus difficile la rétention des détails spécifiques de la réunion. Cette surcharge cognitive est différente de l'écoute pour mémoriser, où l'information est souvent traitée à un rythme plus lent et avec une attention plus soutenue. Il est donc naturel que les interprètes aient du mal à se souvenir des discussions après avoir terminé leur tâche.


5. L'objectivité et la neutralité

Un aspect fondamental du travail d'un interprète est la nécessité de rester neutre et objectif. L’interprète ne doit pas s’engager émotionnellement ou intellectuellement dans le contenu de la discussion. Leur rôle est de transmettre le message de manière fidèle et impartiale. Cette objectivité signifie que la mémorisation des détails spécifiques n’est pas une priorité. L’accent est mis sur la précision et l'intégrité de la communication, plutôt que sur la rétention des informations personnelles ou subjectives.


6. Compétence professionnelle

Il est crucial de comprendre que les interprètes sont des professionnels hautement qualifiés avec des compétences spécialisées. Leur formation rigoureuse leur permet de gérer des situations de communication complexes avec efficacité. Le fait qu'ils ne se rappellent pas des détails spécifiques des réunions n'indique pas un manque de compétence ou de professionnalisme. Au contraire, cela reflète la nature spécifique de leur rôle et les exigences cognitives associées.


Conclusion

En conclusion, les interprètes ne se rappellent généralement pas des détails des réunions en raison des exigences cognitives uniques de l’interprétation simultanée. Les processus neurologiques impliqués dans l’écoute pour interpréter sont distincts de ceux utilisés pour mémoriser des informations. La concentration intense, la charge cognitive élevée, et l'exigence d'objectivité expliquent pourquoi les détails spécifiques sont souvent oubliés. Comprendre ces aspects aide à mieux apprécier le rôle crucial des interprètes et la complexité de leur travail dans un contexte globalisé.



vendredi 19 juillet 2024

Les défis économiques de la traduction automatique

Introduction

L'intelligence artificielle (IA) révolutionne le domaine de la traduction en offrant des outils de traduction automatique de plus en plus performants.

Atouts de l'IA pour la traduction:

Les atouts de l'IA, nous les connaissons déjà - presque - tous. Nous avons entre autre :

- Amélioration de l'accès à l'information et au savoir: La traduction automatique permet à un plus grand nombre de personnes d'accéder à des informations et à des connaissances dans des langues étrangères. Cela est particulièrement important pour l'éducation, la recherche et le développement.

 - Stimulation du commerce international: En facilitant la communication entre les entreprises et les consommateurs de différentes régions linguistiques, l'IA peut stimuler le commerce international et la collaboration économique.

 - Promotion de la diversité culturelle: En rendant les langues étrangères plus accessibles, l'IA peut contribuer à la préservation et à la promotion de la diversité culturelle dans le monde.


Ce qui nous intéresse dans cet article sont les défis économiques de la traduction automatique. Les défis de l'utilisation de l'IA sont très présents, en particulier pour les jeunes - et certains vieux - professionnels du métier. Parmi ces nombreux défis, nous avons entre autres : 

1. Coût élevé des technologies d'IA: C'est l'un des défis majeurs à l'adoption généralisée de l'IA pour la traduction. Les outils de traduction automatique les plus performants sont souvent développés par des entreprises privées et leur accès peut être onéreux pour les institutions, les entreprises et les particuliers. Cela crée une disparité d'accès, limitant l'utilisation de ces technologies par les acteurs des pays en développement et des petites structures. 

Cela est d'autant plus vrai pour les jeunes qui débutent dans la profession car ils/elles ne peuvent pas toujours se permettre de payer les frais de licence ou d'abonnement à ces outils pour garantir la confidentialité des données car sachez-le seules les versions payantes de ces plateformes assurent une certaine confidentialité des données qu'on leur fournit.

Voici quelques exemples d'outils d'aide à la traduction basés sur l'IA et leurs coûts :

jeudi 11 juillet 2024

Intelligence Artificielle et Langues en Afrique : Un potentiel freiné par des infrastructures défaillantes

 

Intelligence Artificielle et Langues en Afrique : Un potentiel freiné par des infrastructures défaillantes

Introduction

L'intelligence artificielle (IA) révolutionne le monde, bouleversant les industries et ouvrant de nouvelles perspectives dans de nombreux domaines, y compris celui des métiers du langage. En Afrique, où le potentiel pour l'IA est immense, son adoption par les professionnels des langues se heurte à un obstacle majeur : le manque d'infrastructures adéquates.

Un continent aux besoins immenses

L'Afrique regorge de langues, avec plus de 2000 langues parlées sur le continent. Cette richesse linguistique est un atout considérable, mais elle pose également des défis pour la communication et l'accès à l'information. L'IA pourrait jouer un rôle crucial pour combler ce fossé linguistique, en facilitant la traduction, l'analyse de texte et la création de contenu multilingue.

L'IA : un outil puissant pour les professionnels des langues

Pour les traducteurs, interprètes, rédacteurs et autres professionnels des langues, l'IA offre une multitude d'outils et de fonctionnalités qui peuvent améliorer leur productivité, leur précision et leur créativité.

  • Traduction automatique : L'IA permet de traduire des textes d'une langue à l'autre de manière rapide et efficace, ce qui peut s'avérer précieux pour les traducteurs qui doivent gérer de gros volumes de texte.
  • Analyse de texte : L'IA peut analyser des textes pour identifier des sentiments, des sujets et des entités, ce qui peut aider les professionnels des langues à mieux comprendre le contenu qu'ils traitent.
  • Création de contenu : L'IA peut générer des textes, des résumés et des scripts, ce qui peut aider les rédacteurs et autres créateurs de contenu à produire du matériel plus rapidement et plus efficacement.

Le manque d'infrastructures : un frein à l'adoption de l'IA

Malheureusement, l'adoption de ces outils innovants par les professionnels des langues africains est freinée par le manque d'infrastructures adéquates.

  • Accès à l'internet : De nombreuses régions d'Afrique ont un accès limité à l'internet, ce qui rend difficile l'utilisation des outils d'IA basés sur le cloud.
  • Coût de l'internet : L'accès à l'internet peut être onéreux en Afrique, ce qui peut dissuader les professionnels des langues d'utiliser des outils d'IA payants.
  • Manque de compétences : De nombreux professionnels des langues en Afrique n'ont pas les compétences nécessaires pour utiliser les outils d'IA, ce qui nécessite des formations et des programmes de renforcement des capacités.

Des solutions pour surmonter les obstacles

Malgré ces défis, des initiatives prometteuses sont en cours pour améliorer l'accès à l'IA pour les professionnels des langues en Afrique:

  • Développement d'infrastructures numériques : Des investissements dans le développement des infrastructures numériques, telles que la fibre optique et les réseaux mobiles, sont essentiels pour améliorer l'accès à l'internet en Afrique.
  • Réduction du coût de l'internet : Des politiques gouvernementales visant à réduire le coût de l'accès à l'internet peuvent rendre les outils d'IA plus abordables pour les professionnels des langues africains.
  • Formation et renforcement des capacités : Des programmes de formation et de renforcement des capacités peuvent aider les professionnels des langues à acquérir les compétences nécessaires pour utiliser les outils d'IA.

Vous pouvez suivre cet échange que j'ai eu avec M. Emmanuel AYUK, ancien vice-président de l'Association internationale des interprètes de conférence (AIIC). Pour suivre en intégralité, cliquez sur ce lienhttps://smartlink.ausha.co/echos-linguistiques-voyage-au-coeur-des-mots/la-formation-et-la-profession-des-lsp-sous-l-ere-de-l-intelligence-artificielle


Conclusion

L'intelligence artificielle a le potentiel de transformer le paysage des métiers du langage en Afrique, en offrant aux professionnels des outils puissants pour améliorer leur productivité, leur précision et leur créativité. Cependant, le manque d'infrastructures adéquates freine l'adoption de l'IA sur le continent. Des efforts concertés pour améliorer l'accès à l'internet, réduire son coût et développer les compétences nécessaires sont essentiels pour permettre aux professionnels des langues africains de tirer pleinement parti des avantages de l'IA.


Précédent article : https://tradupraticienne.blogspot.com/2024/06/comment-multiplier-ses-revenus-en-tant.html

lundi 10 juin 2024

Comment multiplier ses revenus en tant que traducteur - interprète en 2024 ?

 Dans ce monde en constant changement, le métier de traducteur et interprète ne se résume plus seulement à passer d’une langue à une autre le message d’un client source pour un lectorat ou auditoire cible. Tout comme les traducteurs du 20è siècle ont dû apprendre à utiliser les ordinateurs et logiciels de traduction au 21è siècle, les traducteurs et interprètes de ce siècle font face, eux aussi, aux défis de l’évolution technologique et il est désormais crucial de mettre un point d’honneur sur la polyvalence et la diversification de ces acteurs pour rester compétitifs.

 

1.       Se diversifier

Bien au-delà des finances, le concept de diversification est un sujet qui frappe désormais à la porte des traducteurs et interprètes pour répondre aux besoins complexes et variés de leurs clients. Ceci implique l’exploration de nouveaux domaines de spécialisation, l’acquisition de nouvelles compétences professionnelles connexes telles que la localisation, le sous-titrage, l’évaluation de la qualité, ou encore l’adaptation aux nouvelles technologies de traduction assistée par ordinateur (TAO). En se diversifiant, vous ouvrez le champ des possibles et élargissez votre offre de services.

Par ailleurs, il est aussi intéressant de combiner ses compétences linguistiques avec une expertise dans d’autres domaines tels que le droit, les finances, la politique, le sport et bien d‘autres afin d’offrir des services spécialisés et hautement recherchés.

Bien que la diversification ne soit pas un concept nouveau pour les traducteurs et interprètes, un concept corollaire s’impose désormais aux traducteurs et interprètes du 21è siècle. Il s’agit de la polyvalence.

 

2.       Être polyvalent

Être polyvalent permet de s'adapter facilement aux changements mais aussi de tirer son épingle du jeu en période de vache maigre. En développant votre polyvalence, votre multidisciplinarité et vos sources de revenus secondaires, vous pouvez vous adapter aux changements du marché, offrir une valeur ajoutée à leurs clients et assurer votre stabilité financière à long terme.

La polyvalence dans notre métier peut signifier multiplier ses langues de travail, renforcer ses compétences en interprétation simultanée et consécutive, devenir expert dans l’utilisation des logiciels de traduction et d’interprétation. Mais dans le monde actuel, on va bien au-delà de tout cela. Il s’agit de s’intéresser aux domaines connexes directs ou indirects de notre profession comme la rédaction de contenus, la voix-off, le doublage, et pour les plus aventureux vous pouvez vous permettre d’explorer les domaines qui vous passionnent comme le chant, le sport, la mode, etc.

C’est d’ailleurs dans un souci de polyvalence que j’ai décidé de lancer ce blog afin de m’exercer à la rédaction de contenus et ainsi ajouter une nouvelle corde à mon arc, tout en partageant avec vous des idées et hypothèses qui tournent autour de notre métier. J’anime aussi un podcast, disponible ici 👉 https://smartlink.ausha.co/echos-linguistiques-voyage-au-coeur-des-mots qui me permet de développer mes compétences en montage audio et SEO qui sont deux domaines qui me passionnent énormément et me génèrent des revenus secondaires. 

 

Cette vision du monde vise en particulier les jeunes traducteurs et interprètes fraîchement sortis de l’école et qui peinent à trouver des marchés en traduction ou des conférences à couvrir. C’est un appel à l’action. Ne vous laissez pas envahir par le stress d’une intégration professionnelle lente ou difficile. Diversifiez-vous, renforcez vos compétences et développez d’autres compétences professionnelles sur la base de la demande du marché ou de vos passions et lancez-vous à la conquête du monde !


Traduire ou ne pas traduire...

" Entre être ou ne pas être, moi je suis " disait W. Shakespeare qui nous invitait à méditer sur l'essence même de l'exist...